Description

Etudes historiques et scientifiques des décors de céramiques dits de cuerda seca et de Lignes Noires au sein du monde islamique (XIIIe siècle – XVIIIe siècle)


Nature du projet : Thèse

 

Description

Les premiers siècles de la civilisation islamique furent marqués par des développements technologiques majeurs nés d’intenses expérimentations techniques et de recherches esthétiques. Dès la fin du VIIIe siècle et au cours du IXe siècle, on observe un élargissement inédit des techniques de décors des céramiques glaçurées dont certaines deviendront des « classiques » de la civilisation islamique : c’est le cas des décors dits « cloisonnés » où des lignes peintes non glaçurées viennent cerner des aplats de glaçures colorées.

Deux grands types de ces décors, longtemps confondus, se distinguent aujourd’hui au sein du monde islamique. D’une part les décors dits de cuerda seca, où le décor est apposé à même la terre cuite, qui se développèrent dans la région de l’Al-Andalus à partir de la première moitié du Xe siècle pour se propager par la suite aux XIIIe-XIVe siècles au Maghreb, en Ifriqiyya (zone correspondant aujourd’hui à l’Est de l’Algérie, la Tunisie et l’Ouest de la Libye) voire jusqu’en Anatolie. D’autre part les décors dits de ligne noire, où le décor est apposé cette fois sur une couche glaçurée blanche intermédiaire, que l’on retrouve à partir de la fin du XIVe siècle sur des céramiques architecturales provenant d’Anatolie, d’Asie centrale, d’Iran et d’Inde.

On ignore encore beaucoup des caractéristiques techniques de ces décors, de leur genèse et de leur diffusion. L’objet de cette thèse sera donc d’étudier à la fois le versant technique de l’élaboration de ces décors et de leur évolution, mais également les dynamiques politiques, économiques et culturelles responsables des filiations et transferts technologiques qui s’opérèrent au sein du monde islamique au cours des XIVe et XVe siècles.

Cette étude porte actuellement sur un corpus d’une cinquantaine de tessons issus des réserves du Département des Arts de l’Islam du Musée du Louvre, et vise à s’étendre à d’autres collections de musées à l’échelle nationale (dont le Musée National dela Céramiquede Sèvres) et internationale.  

En plus d’observations menées de l’échelle macroscopique à l’échelle microscopique, certains de ces tessons seront soumis à des analyses physico-chimiques afin de mieux comprendre leur processus opératoire mais également d’essayer de caractériser de probables groupes de manufacture différentes. Lucile Martinet s’appuie également sur de nombreuses ressources textuelles et photographiques, telles que des écrits de voyageurs décrivant les bâtiments.

 

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Ligne noire,

Iran, Khargird, Madrasa al-Ghiyathiyya

1425-1450,

Musée du Louvre, inv. UCAD 1063

 

Intérêts sociétaux et valorisation

Au travers de cette étude pluridisciplinaire qui mêlera recherches bibliographiques, études de terrain et analyses de laboratoire, il en va pour le Louvre, d’une meilleure connaissance de ses collections, de la mise en évidence de liens méconnus entre les collections de plusieurs de ses départements, et de la participation aux domaines les plus innovants de la recherche dans les arts de l’Islam.

 

Actualités et premiers résultats

Actuellement à la première étape de sa thèse, Lucile Martinet recense les monuments présentant des décors « cloisonnés » du XIIIe au XVIIIe siècle et prospecte au sein de collections françaises et étrangères afin d’élargir son corpus d’étude avant de passer aux analyses physico-chimiques. Ces analyses permettront de préciser les caractéristiques propres de la technique de la ligne noire et d’en observer les évolutions au cours du temps, mais aussi, de tenter de caractériser des groupes de manufacture différente.

 

Mots-clés

archéométrie, art, biochimie, céramique, corpus, couleurs, enduit, formes, histoire, moyen âge, société

Détails d'organisation

tl_files/patrima/portraits/images/LucileMartinet.jpgDoctorante Lucile Martinet est diplômée de l’université de Bordeaux III où après avoir suivi un cursus en Arts-Plastiques et Histoire de l’Art, elle obtient en 2009 un Master Professionnel en archéométrie intitulé « Méthodes Physiques Appliquées aux Matériaux du Patrimoine Culturel ». Durant ses études, elle décide de se spécialiser en Arts de l’Islam et réalise alors un stage au sein du Département des Arts de l’Islam (DAI, Musée du Louvre), du Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France (C2RMF) et de l’Institut Français du Proche-Orient (IFPO, site de Damas) dans le cadre du projet DORAI (Décors dORés dans les Arts de l'Islam). Après une année de stage au sein du Département des Arts de l’Islam -visant à la normalisation du thesaurus du mobilier céramique-, menée en parallèle d’un Diplôme d’Université d’Initiation à l’Arabe Littéraire (Paris III), elle commence sa thèse en décembre 2011 à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.

Structure de rattachement administratif : Laboratoire Etat, Société, Religion  (ESR), Université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines (UVSQ)

Directeur du projet : Bruno Laurioux, professeur d’Histoire Médiévale à l’Université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines (UVSQ)

Autre encadrant : Cotutelle : Claire Déléry, collaboratrice scientifique au Département des Arts de l'Islam du Musée du Louvre

Autre partenaires : Département des Arts de l’Islam (Musée du Louvre)

Date de démarrage : décembre 2011

 

Bibliographie

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PORTER Yves, avec la collaboration de CASTINEL Richard. Le prince, l’artiste et l’alchimiste – la céramique dans le monde iranien Xe-XVIIe siècles. Paris : Ed. Hermann, 2011, 322 p.