Patrimoine sonore des jardins en ville : application aux jardins du Musée Rodin

Contexte

tl_files/patrima/images/penseur-rodin-dalbera-320.jpgLe son,  plus  précisément l'environnement sonore, n'est plus  uniquement considéré comme  une nuisance ou une gêne par notre société, mais comme constituant une ressource environnementale ou culturelle, un  capital à  préserver. Dans ce contexte, de nombreuses études font  ressortir les  parcs et les  jardins comme  des  lieux  présentant un  espace sonore de  qualité sans que ne soient bien  identifiées ces  qualités sonores qui  leurs semblent propres.

L'objectif de  cette recherche est donc d'identifier ce qui fait la qualité sonore des  jardins en zone  urbaine en vue de leur préservation et de leur valorisation. Elle  s'inscrit ainsi dans un processus de patrimonialisation, c'est-à-dire un processus par lequel la société identifie et reconnaît la  valeur d'un objet en  vue de sa préservation et de sa valorisation. 

Objectifs

Dans ce travail, nous  chercherons d'une part à  identifier les paramètres physiques de l'environnement sonore des  parcs et des jardins qui  le rendent appréciable et d'autre part à   comprendre quelles sont les  différentes modalités par  lesquelles il  est apprécié. Ce  travail visera à   établir une  typologie de  paysages sonores déterminés par des  caractéristiques  communes, et une typologie de profils d'usagers définis à  partir des rapports qu'ils entretiennent avec les lieux. A travers ces typologies, outre la mise en évidence de certains enjeux du processus de patrimonialisation des espaces sonores, l'ambition est de  créer un  outil  utilisable par l'urbaniste, l'architecte ou  le  paysagiste qui  doit intervenir sur les  parcs et les jardins. On évaluera donc la pertinence de ces typologies en les confrontant à  des sites singuliers et des  démarches de projet en  rapport direct avec  le  terrain.

Il  en  résulte que  le  corpus de  parcs et de  jardins étudiés sera double : catégoriel et singulier ; et que la recherche se divisera en deux  étapes : élaboration d'une typologie et critique de cette typologie.

Trois entrées et trois temps

Une  base  de donnée sera construite à  partir de 3 entrées et de 3 temps.

Trois entrées :   les  relations entre les  individus et l'environnement sonore sont  au  centre de  notre recherche. Ces  relations sont construites  à    partir  de   processus  ascendants   (bottom-up), c'est-à -dire  à    partir  des   informations  extérieures,  propres  à  l'environnement, et de processus descendants (top-down), c'est-à -dire à  partir des  informations intérieures, propres à  l'individu. Ces  relations se  développent sur trois modes : Actions, Perceptions, Représentations.  Nous  constitueront donc  notre base   de données à  partir de 3 entrées : Environnements, Individus, Relations.

Trois temps : s'inscrivant dans un  processus de  patrimonialisation,  cette recherche implique de  considérer ces trois entrées selon  trois temps : passé, présent et futur. Les  parcs et les  jardins que  nous  connaissons aujourd'hui sont  des  palimpsestes. Ils ont parfois connu plusieurs  aspects, plusieurs  usages et significations depuis leur conception jusqu'à  nos  jours. Par ailleurs la patrimonialisation implique aussi une forme de transformation matérielle et symbolique et ainsi de penser l'objet dans le futur : quel  sens et quelle forme va-t-il prendre selon ce que nous souhaitons en conserver ou en oublier ?

Corpus

L'environnement sonore des jardins dépend de trois variables : l'environnement proche, la composition architecturale, les modalités de  fréquentation. Cette recherche se  focalise sur les  motifs architecturaux et la  composition des  parcs et des  jardins en  faisant l'hypothèse que  des  motifs architecturaux induisent des  ambiances et des  pratiques sonores spécifiques. Les corpus « catégoriel » et « singulier » sont construits à  partir de cette hypothèse.  Chacun des parcs sélectionnés est représentatif d'une catégorie de parcs en raison des  motifs architecturaux et de la structure qu'il présente. Quatre catégories de parcs et de jardins tous situés à  Paris sont  identifiées. (Jardins clos : Palais Royal,  Jardins Classiques : Le Luxembourg, Jardins Pittoresques : Monceau, Parcs contemporains : Bercy). Les  jardins du  Musée Rodin  à   Paris et à   Meudon sont  sélectionnés pour  constituer le  corpus de  jardins « singuliers ». On  y retrouve des  motifs architecturaux  propres aux  catégories citées, mais ces  jardins se  distinguent par leur modalité d'accès au public, leur fonction muséale et mémorielle, leurs situations  géographiques. Une  collaboration avec  le  Musée Rodin  offre  la possibilité de développer un échange avec le musée qui souhaite s'impliquer auprès du public mal-voyant et valoriser ses jardins.

Méthode

Temps 1 : Recueil de  données : Observations ethnologiques ; Entretiens  libres (usagers, concepteurs, institutions) ; Lecture de traités d'art des jardins ; Relevés de terrains ; Mesures acoustiques ; Consultation des archives du Musée Rodin  )

Temps  2 :

  • Traduction :  Cartographies ;  Retranscriptions  d'entretiens ; 
  • Analyse  lexicographique  des   discours ;  Journaux d'observation. Analyse des  données : méthode de  « la  table et des  ciseaux » (CHALAS)  et analyse statistique.
  • Elaboration des typologies de paysages sonores et de profils d'usagers.

Temps 3 : Critique des  typologies créées. En concentrant le travail sur les jardins du Musée Rodin,  on confrontera les typologies créées à des approches descriptives et  projectives de  l'espace sonore de  ces  jardins en  sollicitant des   acteurs particuliers (paysagistes, historiens, artistes, personnel du musée Rodin,  ainsi que des personnes mal-voyantes ou non-voyantes).

 

Détails d'organisation

Doctorante : Jeanne Lafon

Laboratoire MRTE (Université de Cergy-Pontoise)

Directeurs de thèse:

  • Didier Desponds
  • Catherine Lavandier 

Partenaires :

  • Damien Masson (MRTE)
  • Maie Gerardot (MRTE)
  • Frédéric Pousin (LAREP de l'ENSPV)
  • Geneviève Aitken (Musée Rodin)