L'étude des liens parentaux dans la nécropole gauloise de Genainville - mise en évidence des caractères discrets et corrélation avec l'approche ADN (moléculaire)

Le sanctuaire des eaux des Vaux de la Celle à Genainville (95) est un des trente sites les plus importants de France. A ce titre, sa valorisation a fait partie d’un contrat état-région dans les années 1989 – 1995. Identifié dès la fin du XIXe siècle, il a vu ses premières fouilles en 1935 avec Pierre Orième, architecte parisien à qui l’on doit son classement au titre des Monuments Historiques. Entre les années 1960 et 1990, ses monuments les plus prestigieux ont été dégagés sous la direction de Pierre-Henri Mitard, chercheur au CNRS et membre du Centre de Recherches Archéologiques du Vexin français. A partir de 1989, au titre du contrat état-région, l’état prend la direction des opérations de valorisation, et de 1991 à 1993, la direction de la recherche en vue de cette valorisation qui aboutira à la restauration des bassins. tl_files/patrima/projets/images/site-de-Genainville.JPGUn changement de politique a entraîné la fin de ce travail et le site n’a plus vu qu’un entretien partiel.

(c) Jan Van Meirvenne - www.wandelwereld.be

 

En 2002, à la demande du maire de Genainville, le préfet du Val-d’Oise a réactivé le comité de pilotage, plaçant les activités se déroulant sur le site sous la coordination du PNR Vexin français et la recherche archéologique aux mains de l’UCP. Depuis 2004, l’AEVA (Association des Etudiants Valdoisiens pour l’Archéologie)sous la direction du maître de conférences en Histoire ancienne et Archéologie (Philippe Boissinot en 2004 et 2005 avec Nicolas Monteix, moniteur à Paris 1, puis à partir de 2006 Didier Vermeersch) a repris les recherches sur le site et son environnement dans le cadre d’un Projet Collectif de Recherches du Ministère de la Culture : « Le site des Vaux de la Celle à Genainville (95) : Origine, développement et ancrage territorial d’un sanctuaire gaulois » et fait maintenant partie des projets de recherches de la Fondation des Sciences du Patrimoine. Une dizaine de mémoires de maîtrise et de masters ont été menés sur le site depuis 2004. Les premiers résultats de ces recherches ont donné lieu à un article : « Le complexe religieux des Vaux-de-la-Celle à Genainville (95) : nouvelle proposition de phasage du sanctuaire » d’après les dernières fouilles paru en 2013, dans le cadre de la Table Ronde « Etudier les lieux de culte en Gaule romaine» animée par Olivier de Cazanove (Paris1) et Patrice Méniel (CNRS) en 2009.
Dans le cadre du projet Genainville de la Fondation des Sciences du Patrimoine, deux études ont été développées : étude post-doc d’Aurélia Azéma sur la statuaire en bronze de Genainville et Epiais-Rhus ( Val-d’Oise) en partenariat avec le Musée du Louvre et le CRRMF et un stage de Master 2 en géophysique (Benjamin Fores) en partenariat avec le département de géo-science de l’UCP et Paris VI.

Problématique

Un des points importants de la recherche archéologique en France est l’origine des grands sanctuaires gallo-romains ; les premières recherches dans ce sens ont démarré avec la découverte du sanctuaire gaulois de Gournay-sur-Aronde (60)dont la recherche a été menée par Jean-Louis Bruneaux (CNRS) et Patrice Méniel et le sanctuaire gaulois et gallo-romain de Ribemont-sur-Ancre par Jean-Louis Cadoux (Université d’Amiens, puis Jean-Louis Bruneaux). L’origine du sanctuaire des eaux des Vaux de la Celle est certainement à rechercher dans la présence d’une nécropole gauloise (Ve-IIIe s. avant J.-C.) découverte sous l’aire cultuelle, ce qui en fait selon J.-L. Bruneaux, le cas où l’origine est la plus ancienne. Cette nécropole occupe un paléo-chenal en amont de la source antique. Au moins une partie de cette nécropole importante (plus de cinquante individus, alors que pour cette période on dépasse rarement la trentaine) est centrée sur un cercle de pierres de grès, et recouverte après abandon d’une épaisse couche de pierres calcaires, peut-être issues de la démolition d’un monument protohistorique à l’origine de la sacralisation du site, cas unique jusqu’à présent.
La découverte de cette nécropole par l’équipe de P.-H. Mitard dans les années 1975 a ouvert des pistes de réflexion sur l’origine des sanctuaires de la période antique et, entre autres, des sanctuaires de sources. La découverte de plusieurs squelettes groupés dans une même sépulture à des états différents de conservation, probablement dus à une succession de dépôts, pose le problème de l’occupation du site en tant que terre consacrée d’inhumation ou lieu complet de vie et d’activité. S’agit-il de populations isolées ou d’un milieu ouvert avec des apports exogènes importants ? Effectivement, le
site antique se trouve sur une voie importante de communication entre la mer du Nord et la Méditerranée, connue sur le site comme « le vieux Chemin de Mantes à Magny », à mettre en relation avec le commerce protohistorique de l’étain pour la fabrication du bronze (Angélique Montes, mémoire de masters 1 et 2). Il est donc important de connaitre l’origine et la répartition des squelettes dans la nécropole : regroupement par famille et sexe, dispersion sur l’ensemble de la nécropole sans relation familiale ou hiérarchique, s’ils sont indigènes ou étant ceux d’individus venus de loin.
Une approche génétique par l’analyse de l’ADN doit nous permettre de répondre à la problématique posée. D’abord par la détermination du sexe des individus dont les restes du squelette sont insuffisants pour qu’un anthropologue puisse se prononcer, ensuite par la recherche d’un lien de parenté en construisant le profil génétique de chaque individu retrouvé dans la même sépulture puis en les comparant. Cette étude pourra être prolongée par la recherche d’allèles particuliers permettant de définir l’origine géographique des individus peuplant le site. Les résultats de cette dernière recherche sur l’ADN pourraient être comparés à ceux d’une recherche du strontium, marqueur privilégié pour une détermination de l’origine géographique de populations. Enfin, cette analyse de l’ADN pourrait aussi conduire à la mise en évidence de marqueurs de maladies génétiques.
Cette recherche est effectuée à l’UCP dans le laboratoire des professeurs Noureddine Lomri et Christian Hulen (UFR ST – Département de Biologie) en relation avec Anaïs Lebrun, archéologue anthropologue associée à la recherche sur le site de Genainville, et Jean-Gabriel Pariat (UMR 7041), archéologue anthropologue au Service départemental d’archéologie du Val- d’Oise.
Elle pourrait représenter une partie d’un travail de stage en anthropologie archéologique. Le problème de l’extraction et de l’analyse d’ADN anciens étant posé. Pour permettre d’assurer la contemporanéité, ou l’étalement dans le temps, des sépultures, il est nécessaire de prévoir une datation des ossements au 14C sur l’ensemble des sépultures, ce d’autant plus que les sépultures ne peuvent être datées avec certitude du fait de l’absence de dépôt d’objets dans les tombes. Ces datations pourraient être réalisées en collaboration avec le centre de datation ARTEMIS (Lyon) par l’intermédiaire du Service Régional d’Archéologie IDF. Des échantillons dans ce sens sont en cours de datation, ainsi que l’étude du mobilier métallique funéraire, peu nombreux, il est vrai, mais qui est parfois plus précis.


Didier Vermeersch, (responsable du projet ArchéoGen et du PCR Genainville, titulaire de l’autorisation de fouille sur le site de Genainville (partenariat avec le PNR Vexin Français))


Approche génétique pour l’étude du peuplement du site archéologique des Vaux de la Celle à Genainville : analyse comparative de l’ADN de squelettes de la nécropole protohistorique


Après recensement, classification et identification anthropologique des restes de squelette présents dans différentes sépultures, une approche génétique par l’analyse de l’ADN devrait nous permettre de répondre à la problématique posée. D’abord par la détermination du sexe des individus dont les restes du squelette sont insuffisants pour qu’un anthropologue puisse se prononcer, ensuite par la recherche d’un lien de parenté en construisant le profil génétique de chaque individu retrouvé dans la même sépulture puis en les comparant. Cette étude pourra être prolongée par la recherche d’allèles particuliers permettant d’associer des anomalies osseuses recensées avec des mutations particulières. La présence de mutations dans certains allèles pourrait aussi permettre de définir une origine géographique des individus peuplant le site. Les résultats de cette dernière recherche sur l’ADN pourraient être comparés à ceux d’une recherche du strontium, marqueur privilégié pour une détermination de l’origine géographique de populations. La teneur en fluor de l’eau et de l’environnement pourrait être comparée à celle des os des squelettes comme marqueur de sédentarité. Enfin, l’analyse de l’ADN pourrait aussi conduire à la mise en évidence de marqueurs de maladies génétiques. Des expériences préliminaires représentant la première partie de cette étude ont permis de valider une technique reproductible d’extraction d’ADN à partir d’os durs (humérus). Elles ont permis aussi de montrer par synthèse in vitro la présence d’ADN mitochondrial humain et d’établir des profils d’amplification d’une région hypervariable de cet ADN pour comparaison entre individus. Nous avons pu mettre en évidence la présence d’ADN bactérien liée aux alluvions qui se sont déposés dans les tombes.

Pr. Christian Hulen.

 

Détails d'organisation

Stage de M2

Stagiaire : Emma Maines est en master 2 d’archéologie à Paris 1 Panthéon-Sorbnne (UFR03) sous la direction du Pr François Giligny. Elle travaille en particulier sur l’étude des caractères discrets qui sont héréditaires et permettent, par conséquent, de rassembler les individus par groupes familiaux. L’analyse ADN permettra de corréler, voire de compléter et remplacer en cas de conservation insuffisante, les observations des caractères discrets sur les squelettes de Genainville.

Porteur:

  • Didier Vermeersch : MCF UCP Dept géo-histoire

Partenaires internes :

  • Christian Hulen : PR UCP dept Biologie
  • Noureddine Lomri : PR UCP dept Biologie

Partenaires externes :

  • LMSM - Université de Rouen
  • François Giligny : PR Paris I, UFR03 - UMR 7041
  • PNR Vexin Français