De l’utopie dans le rock et la photographie des sixties aux Etats-Unis : représentations, diffusion et patrimonialisation

Cette thèse de doctorat se propose d’examiner les liens entre arts (musique, photographie) et utopie dans les années soixante aux Etats-Unis à travers une démarche pluridisciplinaire alliant histoire culturelle, histoire des mentalités et histoire de l’art. La thèse s'inscrit ainsi dans la continuité de mon mémoire de Master 2 intitulé « Rôle de la musique et de la photographie dans la contre-culture aux Etats-Unis ». Elle prolonge la réflexion sur cette problématique en s’attachant à l’aspect matériel et symbolique du patrimoine culturel légué par la contre-culture américaine des années 60.

 

Si la pensée utopique accompagne la colonisation du Nouveau continent, l’accomplissement du rêve des uns s’est fait souvent au détriment des autres – l’utopie, se mue alors en dystopie. Sous-jacente à l’histoire et à la société américaines, cette ambivalence prend une forme particulièrement dramatique pendant les années soixante même si, dès la fin des années cinquante, les concepts mêmes qui ont construit le mythe du rêve américain – self-made man, éthique protestante, the American way of life – sont dénoncés et remis en question. Les représentants de la beat generation(Kerouac, Burroughs, Ginsberg), suivis par les écrivains et les artistes des sixties dévoilent aux yeux du monde entier le cauchemar vécu par certains (les minorités en particulier), blottis derrière la façade idyllique présentée par Hollywood, par la presse mainstreamou par la télévision.

Dans le cadre de la thèse, il s'agira dans un premier temps d'étudier cette interaction entre utopie et dystopie pour comprendre dans quelle mesure l'imaginaire américain est tributaire de cette relation ambivalente.

En effet, si, comme semblent le penser nombre d’écrivains et philosophes, tout progrès né d’une utopie, il s’agit de s’intéresser ici au processus complexe qui s’étend de la naissance d’une utopie, à sa « visibilisation » dans les arts, puis à sa réalisation dans une société donnée. Autrement dit, comment s’opère la transformation d’une pensée utopique en concept réaliste et surtout réalisable ? Quel rôle ont joué arts et médias dans la représentation et la diffusion des idées utopiques pendant les années 60 aux Etats-Unis? Quelles sont les retombées sur la société d’aujourd’hui ? Quelle influence sur la société francaise?

Musique et photographie nous offrent deux angles d'approche complémentaires – visuel et auditif – nous permettant de mieux comprendre l'environnement artistique dans lequel a évolué la pensée utopique. On s’intéressera notamment à la rencontre des photographes et des musiciens, les premiers matérialisant l’aura des seconds, fixant l’image de ces nouvelles idoles dont des millions de jeunes vont s’inspirer, auxquels ils vont même chercher à ressembler. Nombre de ces photos ont traversé le temps et symbolisent toujours rébellion culturelle, avènement du rock et anticonformisme. Cette matérialisation du visuel a permis à ses photos de perdurer en tant qu'images icônes de la contreculture. On s’interrogera donc plus particulièrement au passage de certaines photos et chansons dans le patrimoine matériel collectif, à ce qu’elles symbolisent historiquement, artistiquement et symboliquement.

La réflexion sur la notion de "contre-culture" nous conduira enfin à une réflexion sur le processus de production d'une forme de culture matérielle – musicale et visuelle - inédite. Par conséquent, il s'agira d'étudier un phénomène de patrimonialisation : comment, à une époque donnée, des formes culturelles alternatives émergent par contraste à la culture légitime ou officielle, et comment elles conquièrent leur propre légitimité, de telle sorte qu'elles finissent par être intégrées au patrimoine matériel collectif, et canonisation suprême, à entrer au musée.

 

Détails d'organisation

Doctorante : Anne-Claire Bondon UVSQ, CHCSC (Centre d'histoire culturelle des société contemporaine), Labex Patrima

Directrice de thèse : Ada Savin, Professeur des Université en Civilisation Américaine, Laboratoire CHCSC