Appel à communications colloque international et pluridisciplinaire: "De la crise à la critique"

De la crise à la critique: tension, évolution et révolution en Europe aux 19e et 20 e siècles

 

Colloque international et pluridisciplinaire

Université de Cergy-Pontoise

10 et 11 avril 2014

 

Organisé avec le soutien du

Centre de Recherches Civilisations et Identités Culturelles Comparées (CICC)

en partenariat avec le Centre de Recherches Textes et Francophonies (CRTF)

 

Ce colloque international et pluridisciplinaire aura pour objet d’explorer et de reconsidérer les différentes formes de crise qui ont pu caractériser les dix-neuvième et vingtième siècles européens, les réactions qu’elles ont engendrées dans les champs politique, économique, social, culturel et littéraire, les rôles qu’elles ont pu avoir sur notre monde contemporain et ce que les générations futures en ont retenu.

 

   Tenter d’appréhender « la crise » ou « les crises », c’est aussi mieux appréhender celles que nous vivons en ce début du 21e siècle afin de mieux comprendre nos problématiques par rapport à celles du passé. Alors que les progrès scientifiques, industriels et politiques se sont accompagnés d’émancipation ou d’aspirations à de plus grandes libertés, les crises économiques au cours  de ces deux siècles clés ont pu conduire à la naissance de mouvements ou courants contestataires remettant en cause le libéralisme, l’utilitarisme ou un certain matérialisme et proposant une rupture, plus ou moins radicale, avec l’ordre en place et les idéologies de la période. La critique peut se concevoir ainsi à la fois comme la remise en cause fondamentale d’un système mais aussi comme une démarche de compromis qui précisément évite l’action et se limite à la dénonciation. A l’inverse, la crise permet également de dépasser certaines difficultés puisqu’elle est source de renouveau et peut ouvrir des périodes généralement fertiles, qu’il s’agisse du champ intellectuel ou d’évolutions politiques, économiques, sociaux et individuelles.

   En tant que symptôme d’une affection médicale, la crise signale aussi, au dix-neuvième siècle, comment la science a investi les discours et les idéologies. Un processus d’exclusion peut s’opérer par sa représentation. Quels sont alors les groupes qui sont mis en scène par le discours pseudo-scientifique et comment la science est-elle utilisée ou détournée ? Quelle est également la part jouée par ces découvertes scientifiques dans les changements politiques et religieux de la fin du 19e et début du 20e siècle? La crise en tant que crise individuelle, crise de la foi, crise de l’identité, est un aspect essentiel dans la mesure où elle a des conséquences sur la vie en société.

 

   Ce colloque s’intéressera également au lien complexe unissant crise, critique et représentation(s) visuelle(s). A l’heure où le champ artistique se dégage progressivement de sa tutelle politique, cette subordination structurale dont parle Bourdieu dans Les Règles de l’art, l’espace pictural (puis cinématographique) se fait à la fois lieu, reflet et expression de la crise sous toutes ses formes. Alimenté par le contexte dans lequel il trouve voix, largement édificateur au 19ème siècle, et donc source d’une nécessaire mise à distance de certains conflits sociaux ou politiques, l’art devient également l’instrument de ruptures majeures, générant ainsi tensions, évolutions et révolutions esthétiques.

   L’objectif du colloque sera également d’étudier la crise du point de vue littéraire. En quoi la représentation de la crise dans la littérature peut-elle être associée à une évolution, voire à une révolution (en étudiant l’aspect cyclique de la littérature, par le biais du pastiche au XXe siècle par exemple), des codes en vigueur ? Il serait intéressant d’étudier l’émergence de nouveaux imaginaires, d’un imaginaire de la crise, et de nouveaux genres pour dire un monde nouveau.

   Peut-on parler d’une littérature de la crise ? On pourra également s’intéresser à la crise comme genèse de la création. Comment s’articulent crise individuelle et crise sociale, économique, scientifique, politique, religieuse? A quel moment l’œuvre-symptôme de l’auteur, fruit d’une angoisse individuelle, est-elle absorbée par une culture dominante ? Comment devient-elle alors un contre-pouvoir symbolique à l’origine d’une nouvelle identité collective?

   Dans une acception plus proche de son étymologie grecque (κρισις), le terme de crise peut être synonyme de « jugement », de « critique ». On pourra donc également se pencher sur des textes ouvertement métadiscursifs, produits par l’auteur devenu critique littéraire: articles, préfaces, correspondance, essais, ou tout autre texte critique. De façon plus générale, on pourra en outre aborder la question de l’auteur engagé en temps de crise.

 

   Le patrimoine est généralement considéré comme faisant l’objet d’un consensus social, culturel et politique. En ce sens, il tendrait à instaurer l'ordre, et à gommer ou à apaiser les tensions, évolutions et révolutions. Pourtant, d’une part, il peut concerner des œuvres matérielles ou immatérielles (œuvres, monuments, paysages urbains ou événements) associées à des moments de crises dont des communautés, des Etats, des organisations internationales souhaitent conserver et transmettre la mémoire. D’autre part, les choix esthétiques et idéologiques en jeu dans le processus même de patrimonialisation peuvent susciter conflits et polémiques, à partir du moment où ils impliquent une réécriture critique du passé et reflètent non seulement les préoccupations d’une époque mais ses aspirations pour l’avenir. En outre, en lien avec les questionnements identitaires, le développement d’une conscience patrimoniale a accompagné la structuration d’institutions culturelles dont les différents acteurs, publics ou professionnels du patrimoine (conservateurs, médiateurs), ont été amenés autant à dégager un ordre, par des canons et des valeurs communes, qu'à opérer des distinctions pouvant faire débat. Ce colloque interrogera les récits patrimoniaux fondés sur des crises, qu’ils soient jugés d’ordre mineur ou majeur.

 

   Prévu sur deux jours, le colloque sollicitera la participation de chercheurs spécialistes de l’une ou plusieurs nations européennes, travaillant sur l’histoire politique et sociale et l’histoire des idées, ainsi que sur la littérature, les arts  et le patrimoine en Europe au cours de deux siècles particulièrement riches en événements ayant provoqué crises et remises en question pouvant aller jusqu’à des révolutions dans les modes de pensée et les pratiques. Ce colloque se veut résolument pluridisciplinaire et ouvert à tous les chercheurs, particulièrement les jeunes chercheurs, travaillant dans le domaine circonscrit à l’Europe  des 19e et 20e siècles.

 

   Toutes les propositions (20 à 30 lignes) en anglais ou en français (langues du colloque) sont à envoyer au plus tard le 1er octobre 2013 accompagnées d’une courte notice biographique comportant les références à trois publications aux membres du comité scientifique du domaine concerné :

 

Histoire des idées : Stéphane Guy, stephane.guy@u-cergy.fr

                                Catherine Marshall, Catherine.marshall@u-cergy.fr

 

Arts visuels : Françoise Baillet, francoise.baillet@u-cergy.fr

                      Rosemary Mitchell, R.Mitchell@leedstrinity.ac.uk

 

Littérature : Peggy Blin-Cordon, peggy.blin-cordon@u-cergy.fr

                    Françoise Martin-McInnes, franniemcinnes@gmail.com

                    François Ropert, fran.ropert@wanadoo.fr

 

Patrimoine et Société : Cécile Doustaly, cecile.doustaly@u-cergy.fr

                                            Florence Ferran, florence.ferran@u-cergy.fr

 

From Crisis to Criticism: Tensions, Evolutions, Revolutions

in 19th and 20th century Europe

 

   This international and interdisciplinary symposium to be held at the University of Cergy-Pontoise on April 10 and 11, 2014 will aim at exploring and reconsidering the different manifestations of episodes of crisis in the European history of the 19th and 20th centuries. It is expected that exploring the concept of crisis in its manifestations, consequences and legacy in the 19th and 20th centuries will lead to a better understanding of the ongoing crises in the early 21st century.

 

   It will consider and revisit the reactions and changes that such moments of crisis have left in their wake in all aspects of European life, political, social and cultural. As scientific, industrial and political changes awakened a new consciousness and aroused new aspirations for greater liberty, radical movements emerged challenging such theories as liberalism and utilitarianism. These challenging forces could be considered either as a radical questioning of the political, social and cultural heritage or as a form of compromise to avoid commitment and action.

 

   This conference also purports to address the complex link between crisis, criticism and visual representation(s). At a time when the artistic field achieves a larger degree of autonomy, progressively ending what Bourdieu termed its structural subordination to political power, the canvas (later, the screen) functions as the place, reflection and expression of multi-faceted crises. Fuelled by the context in which it exists, art allows its producers and receivers to distance themselves from some of the most acute contemporary conflicts, social or political. As the instrument of major aesthetic breaks, it may also generate tensions, evolutions and even revolutions of its own.

 

   Considered as the symptom of a medical disorder, a crisis throws light on ways in which science had, in the 19th century context, found its way into major debates that continued beyond that century and found modes of expression well into the twentieth century. Some groups held a pseudo-scientific discourse in which new scientific theories were either exploited or corrupted and diverted from their original context. The impact of scientific discoveries in the political and religious fields could be investigated.

 

   The conference will equally aim at exploring the notion of crisis in the field of literature.

   In what way do the literary representations of crises bear on the (r) evolution of the codes prevailing at a certain period of time? The cyclical aspects of literature, such as the recycling process at work in 20th century pastiche, could be a case in point. It could similarly prove interesting to study how crisis in literature promotes new imaginary worlds, specific representations of the world, or new literary genres created to articulate brand new worlds opening up.

   Should the literature of crisis be regarded as a literary subgenre in its own right? The question of crisis as spurring on creation should be worth investigating as well. What are the links between a writer’s inner crisis triggered by personal anxieties and crisis at a social, economic, political, scientific, or religious level? At which point does a writer’s literary production stop being symptomatic and merge into a country’s dominant culture? Through which process could it then build up into a symbolic counter-power, possibly resulting into a new collective identity? 

   When taken in a meaning closer to its Greek etymology, the term “crisis” may be synonymous with “opinion”, and “criticism”. We may then examine openly metadiscursive texts written by authors turning into literary critics: reviews, prefaces, letters, essays, or any other critical text. We also invite the participants to study the idea of criticism in a broader sense comprising the question of the committed writer in times of political and social crisis.

 

   Heritage is generally considered as the product of social, cultural and political consensus. As such, it would tend to establish order, and to smooth or soothe tensions, evolutions and revolutions. However, on the one hand it can imply tangible and intangible works (artworks, monuments, urban landscapes, or events) associated with moments of crisis which memory communities, States or international organizations wish to preserve and pass on. On the other hand, aesthetic and ideological choices at play in the very process of heritagization can create conflicts and controversy as they imply a critical rewriting of the past and reflect, not only the concerns of a given period, but its aspirations for the future. Furthermore, in relation to questions of identity building, the development of heritage awareness was matched with the setting up of cultural institutions whose actors, whether they be audiences or heritage professionals (curators, mediators), have been induced to produce order through canon and common values, or alternatively debatable distinctions. This conference will examine heritage narratives based on crises, be they considered minor or major ones.

 

   This two-day international symposium will gather academics whose research field is in the political, social and intellectual history of European nations in the past two centuries. Researchers in art and patrimonial history of the period are equally welcome to propose a contribution.

 

   Proposals for papers (20 to 30 lines) including a brief biographical notice and references to 3 publications will be received until October 1st 2013 by the following members of the scientific committee:

 

Political studies: Stéphane Guy, stephaneguy1@free.fr

  Catherine Marshall, Catherine.marshall@u-cergy.fr

 

Visual arts : Françoise Baillet, francoise.baillet@u-cergy.fr

       Rosemary Mitchell, R.Mitchell@leedstrinity.ac.uk

 

Literature :  François Ropert, fran.ropert@wanadoo.fr

             Françoise Martin-McInnes, franniemcinnes@gmail.com

Peggy Blin-Cordon, peggy.blin-cordon@u-cergy.fr

                  

Heritage and Society: Cécile Doustaly, cecile.doustaly@u-cergy.fr

          Florence Ferran, florence.ferran@u-cergy.fr

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